Innistrad : Le crépuscule renaissant - Magic the Gathering

Innistrad : Le crépuscule renaissant



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Drark Onogard, le , 242 consultations , 2

Algli croyait que d’invoquer un démon était son dernier espoir pour se protéger, mais le rituel tourne mal et Liesa, un ange déchu, apparaît à la place.

  La storyline de Magic / Innistrad : chasse de minuit

Algli croyait que d'invoquer un démon était son dernier espoir pour se protéger, mais le rituel tourne mal et Liesa, un ange déchu, apparaît à la place. Vous trouverez l'article original ici.

Le crépuscule renaissant



Les forêts d'Innistrad n'étaient pas un endroit accueillant : épaisses, ombragées, les branches tordues des arbres qui s'emmêlaient et les feuilles murmurant qui effaçaient la lumière rayonne de la pleine lune hivernale. Comme bien d'autres sur les landes, elles n'étaient pas faites pour la vie humaine. Les cadavres et les spectres les hantent.

Cependant Algli se souvenait d'une époque où les racines n'avaient pas l'air de s'étirer, se libérer par elles-mêmes du sol pour la saisir alors qu'elle passait, quand le sentiment d'être observée par des yeux affamés était arrivé alors qu'elle s'enfonçait. Maintenant, un simple coup d'œil à la lisière depuis la sécurité de la ville lui faisait remonter un frisson de terreur dans l'échine.







Ce changement était survenu pendant la vie d'Algli. Elle et son mari avaient été tanneurs, vivant juste à l'extérieur de la ville à cause de la puanteur que dégageait leur travail. Leur tannerie était petite, mais leur travail de bonne qualité, et ils en étaient fiers ; son mari s'occupait des peaux tandis qu'Algli façonnait le cuir en armures, bourses et outres.

Quand les premiers grondements de trouble avaient commencé, ils avaient continué à travailler, la tête basse. Pendant un temps, les affaires étaient bonnes : chacun voulait une protection. Les attaques de loup-garou se multipliaient. Des goules affamées de chair devenaient une vision habituelle aux alentours de la ville. Mais cependant, elle pensait toujours que s'ils clôturaient simplement les fenêtres, ils seraient en sécurité. Un espoir fou, effacé par une incursion de goules. Non de simples zombies stupides, elles agissaient de concert, frappant les portes, agitées d'une frénésie vorace à cause de l'odeur de chair et d'huile.

Algli survécut, mais cela n'était pas une chance. Son époux et son plus jeune fils s'étaient lancés entre elle et les goules, et elle mit le feu à la tannerie. Son aîné mourut de ses brûlures.

Certains la disaient chanceuse ; elle avait survécu.

Elle enterra les corps dans la fosse de la tannerie, priant en vain les anges pour que le charbon et la terre cachent l'odeur de pourriture aux morts-vivants.

Cela ne fut pas le cas. Un meneur de goules tourna son attention cruelle vers la ville. Le cimetière de l'église, la tannerie, le marais, la procession funèbre : tout cela n'était que des jouets pour lui, et les haillons de sa famille dansaient aux mots du sorcier.

C'est ainsi qu'elle rencontra Olutio. La fille de ce dernier avait été tuée et réanimée par ce même meneur de goules. Ils avaient travaillé ensemble, usant des rites interdits d'Olutio pour assassiner le meneur de goules et enterrer de nouveau les morts. Debout devant leurs tombes fraîches, Olutio lui parla pour la première fois du Seigneur Enseveli.

« Sous la surveillance du Seigneur Enseveli, dit Olutio, les morts restent morts. La tombe est Sienne ; la poussière est Sienne, et ceux qui sont enterrés reposeront. Geists, goules, nécromanciens – notre seigneur ne parlemente pas avec ceux qui perturbent Son domaine. »

Afin que sa famille ait le repos, afin de s'assurer qu'elle aurait du repos quand le monde la prendrait enfin... c'est pour cela qu'elle resta, quand tant d'autres avaient abandonné leur cause. Lentement, le nombre de gens que les vœux pleins de piété d'Olutio pouvait mener dans les bois pour que se lève un seigneur mort de longue date avait diminué, faisant le dos rond par violence et cynisme, et cependant Algli avait persisté.

Algli abaissa la capuche sur sa tête pour cacher ses yeux de quiconque, ou quoi que ce soit, qui pourrait la voir ainsi que ses compagnons. Ils étaient trois à avoir fait le voyage de nombreuses fois pendant des années, tant de fois que malgré ses articulations douloureuses et la chèvre maigre et têtue qu'elle devait amadouer le long des nouveaux enchevêtrements de racines à travers le sentier givré des cerfs, la clairière dans laquelle elle se tenait lui semblait familière. Son cœur était toujours lourd de la pensée de sa famille, surtout dans cette clairière, portant sa torche sur cette marche sombre pour amener un seigneur oublié à les protéger dans le calme de l'oubli.

C'était douloureux de savoir que c'était le mieux qu'elle pût leur donner. Ils méritaient tant.

Cette nuit – ce rituel – était leur dernière chance de ramener le Seigneur Enseveli. Algli le savait ; la silencieuse Sruta avec ses outils le savait ; et le bourru Olutio en avait dit autant, jurant et crachant le long du chemin même quand il proclamait que cette nuit, cette nuit était la nuit fatidique où ils allaient enfin invoquer le Seigneur Enseveli pour les sauver tous. Cette nuit serait la dernière fois où les étoiles s'aligneraient, où la lune sanglotante serait dans la bonne position, et leurs augures et leurs calculs étaient semblables à ceux des grimoires d'Olutio, ce qui leur affirmait que le pouvoir était rassemblé en leur faveur dans cette nuit – et ne le serait pas de nouveau pendant un millénaire.

Les trois se rassemblèrent dans la clairière et préparèrent le sol, et quand la lune gonflée remplit le ciel, ils entamèrent le rite dans un silence solennel. Une chèvre, des sabots et des cornes, à l'image d'un démon. Son sang dans la terre comme tombe fraîche ; cendres et voiles et les rites murmurés d'Olutio dans les ténèbres réduites au silence.

Alors que la dernière imploration quittait les lèvres d'Algli, le vent lui-même tomba, et une sombre terreur la parcourut.







Les trois invocateurs attendirent, leurs visages pressés contre le sol, leurs bras écartés, que le Seigneur Enseveli émergeât du fumant thorax de la chèvre ou du sol imprégné de sang sous elle. Mais aucun mouvement ne vint, aucune étouffante fragrance de marais, aucun voile à la dérive. Les feux ne s'éteignirent pas. Le sang de la chèvre coagula lentement dans une ordinaire couleur de rouille, maculant les runes qu'il dessinait en un désordre illisible.

Ils attendirent tandis que le vent soufflait de nouveau, tandis que le lune bougeait pour fausser les ombres jetées sur leurs sigiles écrits en limon. Ce fut Sruta qui la première se leva.

« Tu as toujours été un idiot, Olutio, dit-elle, et toi aussi Algli, de l'avoir suivi. Le vent lui-même fait rire les feuilles de notre échec. » Après cela, elle tourna les talons, la main sur sa ceinture, et s'enfonça dans la nuit.

Algli s'assit, et elle regarda vers Olutio dans l'espoir de quelque signe qu'il aurait vu et qu'elle aurait manqué. Quelque chose de prévu dans ses restes de livres.

Sa morne figure lui disait tout ce qu'elle avait besoin de savoir.

Ils avaient échoué. Pour la dernière fois, leurs supplications, leurs rites, leurs sacrifices. Les livres pourrissants d'Olutio, la dague aiguisée de Sruta et le sang de la chèvre d'Algline les avaient pas protégés. Et désormais, debout dans les cendres de leurs espérances, de tout ce qu'ils avaient cherché, alors qu'Olutio se renfrognait et se tournait pour suivre Sruta dans la nuit, Algli réalisa que tous leurs efforts avaient été vains.

Il n'y avait aucun espoir pour Innistrad.

Algli s'agenouilla dans les cendres brûlées et les runes de sang du cadavre de la chèvre affamée pour laquelle elle avait économisé des mois, pour l'apporter ici et la tuer afin de réveiller leur sombre seigneur. Entrailles et cendres et la mort des rêves dans ce cadavre ombragé ; et enfin tandis que le dernier de ses compagnons la quittait, elle sanglota, et laissa la nuit se refermer sur elle. Se laisser mourir ici, avec son échec. La laisser rejoindre sa famille, libre de la solitude et de la honte.

Qu'importe à quel point elle l'implora de ses larmes, la mort ne vint pas. Les braises du feu sacrificiel s'assombrissaient et la laissaient dans les ténèbres, et lentement Algli réalisa qu'elle n'était pas seule. Derrière elle, elle entendait un grognement, une respiration. Un geist ou une goule ? Non, cela ne respirait pas, et un bandit ou un leveur de cadavres l'aurait attaqué alors qu'elle était sans défense, distraite dans son deuil. Le souvenir de l'espoir s'éleva en elle, plus fort que dans les mouvements qu'elle avait appris par cœur récemment avec Olutio et Sruta. Pourrait-ce être Lui ? Son épreuve finale ? Nonobstant Algli plaça sa main sur le pommeau de la dague sacrificielle sur sa ceinture et se tourna pour faire face à qui l'observait.

Une femme aux cheveux noirs était perchée sur une souche pourrie, à distance de la pâle lumière de la lune. Elle était vêtue d'un gambison matelassé de guerrier, sa main sur la côte, couvrant une tache sombre. Son autre main reposait sur une lance dentelée de style ancien. Plus vieille encore que les lances qu'Algli avait vues à l'église avant d'arrêter d'assister aux messes et de tourner sa foi vers les coins les plus sombres du monde. La lance ne signifiait rien en soi. De nombreuses églises d'Avacyn avaient été saccagées. Un voleur en puissance, donc, peut-être blessé par Olutio ou Sruta ? Algli changea son centre de gravité. Elle était vieille, mais être vieille dans un monde aussi cruel signifiait qu'on était soit intelligent, soit létal. Algli n'en avait peut-être pas l'air, mais il y avait toujours de quoi lutter en elle.







L'étrange femme inclina la tête, son expression paisible.

« Je ne te veux aucun mal, » dit la femme. Malgré la blessure, sa voix était claire. Elle acquiesça en direction du feu sacrificiel mourant. « Tes rites. Sais-tu ce que tu as rappelé ?
- Un seigneur immortel afin d'apporter le silence. Pour nous protéger des vampires, des loups-garous, pour mener les morts en terre vers le repos éternel, » répondit Algli, incapable de cacher le tremblement dans sa voix. Quelque chose à propos du calme gracieux de cette femme la désemparait. Même sans armure et au repos, elle exhalait l'aisance d'un guerrier expérimenté.

« Immortel, oui, dit la femme avant de s'avancer. Mais le Seigneur Enseveli n'a jamais été du genre à protéger. Il est ici, et il est affamé. » Dans la lumière vacillante de la torche, Algli vit que les ombres derrière la femme étaient sculptées, blanches et grises – et tandis qu'elle observait, les ombres s'estompèrent dans l'élégant cadre d'ailes de rapaces.

Un ange lui faisait face.
Algli vacilla sur ses pieds, tombant presque de nouveau à genoux. Les anciennes représentations d'Avacyn – halo lumineux, sauveuse, gardienne – apparurent à son esprit.

« Madame, » dit Algli. Des excuses jaillirent – pour le sacrifice, pour le deuil, pour la perte d'espérance – mais aucun ne fut mis en voix. « Êtes-vous ici pour me juger ?
- Pas pour juger, mais parlementer, répondit-elle en inclinant sa tête. Autrefois je parlais avec les démons. J'étais le vent et j'étais le silence. Tu me pardonneras d'avoir vu ta peine et de n'avoir rien dit.
- Pourquoi ici ?
- Je le sais autant que toi, rétorqua-t-elle avec un geste en direction des restes de la chèvre. J'ai été contrainte de répondre à ton appel. »

L'espoir reparut en Algli, acéré, douloureux, fou. « Êtes-vous le Seigneur Enseveli ? lâcha-t-elle.
- Non, mais moi aussi je tentai de parlementer avec lui autrefois, rectifia-t-elle avec un sourire doux et sans moquerie. Pour calmer les morts-vivants, bannir les geists, apporter la paix ; tout ce qu'il a dit et écrit. Ne fais pas erreur : le silence qu'il apporte ne sert qu'à amplifier sa voix, le linceul qu'il dépose ne sert qu'à étouffer et lier les autres. La seule joie dans son monde étouffé est la joie qu'il ressent.
- Ma famille est morte, expliqua-t-elle avec la bouche sèche et peinant à avaler sa salive, la main serrée sur sa dague. Il s'assurera que leurs corps reposent.
- Toi aussi, tu mérites du repos dans ta vie, dit l'ange en répondant au regard de défi d'Algli avec un regard de sympathie et de confiance. Tu mérites d'être entendue, sans massacre. »

Algli sentit ses vieux genoux vaciller de nouveau. D'entendre qu'elle méritait le repos – qu'une telle chose puisse exister dans la vie – était un rêve à demi-rappelé.

« Et que dois-je faire pour cela ? demanda-t-elle. Ai-je fait assez ?
- Nous devons agir rapidement. Ton prétendu seigneur est invoqué et rôde dans les bois. Non comme un sauveur, mais comme un démon, et il est avide. Tes amis, je le crains, sont déjà morts. » L'ange s'appuya sur sa lance et se leva, mais debout, la sombre tache sur son gambison se répandit et, comme une mortelle, la créature divine vacilla.

Algli pensa à Olutio et sa barbe poivrée, à la méprisante Sruta, dans les bois, poursuivis ; et à son mari sur son lit de mort, et elle tendit la main pour intimer à l'ange de s'arrêter. « Vous ne pouvez pas sauver quiconque en vous vidant de votre sang. Je suis peut-être une imbécile qui a fait des choses qui feraient mieux d'être oubliées, mais l'une de ces choses est de panser des blessures. Rasseyez-vous avant de courir à une mort certaine. »

Lentement, l'ange se rassit, ses ailes repliées derrière elle. « Ta sagesse convient à ton âge, dit-elle avec ironie. Une seconde mort, après être seulement revenue, serait du gâchis, j'en conviens. Mais j'ai disparu longtemps, à ce qu'il paraît. La forêt m'est étrangère, le pays peut-être plus cruel. Dis-moi pendant que tu fais ton travail, Algli : que s'est-il passé sur Innistrad pendant mon absence ?
- Votre absence ? » demanda Algli. Elle retira son manteau de ses épaules et en déchira la capuche pour faire des bandages. « Vous êtes devenue folle en même temps que les autres anges, c'est ça ? demanda-t-elle. Pas de repos, même quand on est divin.
- J'ai été tuée, dit l'ange. » Il y eut un arrêt dans sa voix qui fit se demander à Algli ce qu'elle cachait. Peut-être était-elle revenue de la corruption infamante qui avait rongé les autres ?

« J'ai erré, j'ai été dispersée par les vents. Toi et tes semblables avaient raison sur une chose – le Seigneur Enseveli ne meurt pas. Il semble que comme conséquence de mes tractations avec lui, moi non plus. Pour ce qui est de mes sœurs... Tu dis qu'elles sont folles ?
- Plus folles maintenant, mais mortes. Beaucoup ont été perdues, mais le Vol des Hérons demeure. Pas assez pour tous nous protéger. » Algli bandait les côtes de l'ange tandis qu'elle essayait de condenser sa misère en des phrases simples. De raconter les Calamités était court, la chute de la Gavonie, la montée vigoureuse des seigneurs vampires, les pillages des lycanthropes, les geists, les sorcières – la ruine imprégnait une histoire bien plus courte que l'agonie qu'était de survivre malgré elle. Elle parla de la chute de ses sœurs angéliques, toutes à part l'archange Sigarda et son vol ; de l'invasion des morts-vivants, du marché des cadavres, des massacres des loups-garous autrefois pacifiés. Des morts de sa famille, ignorante de la violence, puis sa levée depuis les tombes pour servir les desseins d'un meneur de goule. « Et pourquoi pas appeler un Seigneur Enseveli ? demanda Algli avec un air de défi. Olutio et moi avons déchiffré les écrits. Nous nous sommes demandés, qui nous reste-t-il pour nous sauver ? »

L'ange donna à Algli seulement le plus mince des sourires, comprenant, et le partage du fardeau à lui seul mit de nouveau les larmes aux yeux d'Algli. « Tu n'as pas besoin de croire en moi pour marcher à mes côtés, Algli. Même si c'est simplement pour me guider à ton seigneur, ce soir, tu dois lever ta torche et ta dague pour te sauver.

Elle enfila de nouveau son gambison par-dessus le bandage déchiré depuis la capuche d'Algli, étendant sa main vers la vieille cultiste. « Je suis Liesa, l'archange qui autrefois mena le Vol du Crépuscule. Viens, Algli, pour l'avenir d'Innistrad, enterrons de nouveau ce seigneur.



La torche d'Algli était bien impuissante contre la nuit profonde de la forêt, mais Liesa était de toute façon reconnaissante de sa maigre lumière. Le monde avait changé de bien des manières, mais certaines choses étaient demeurées les mêmes. Les humains étaient toujours dotés d'une volonté têtue. Une ténacité que Liesa pensait comme n'étant pas si différente de la sienne. Une bénédiction mitigée.

Combien de temps s'était-il écoulé depuis sa mort entre les mains de la folie du vampire, Avacyn ? Un millier d'années, plus ? Assez longtemps pour qu'une Église s'élève au nom d'Avacyn. Bien que ses sœurs l'aient condamnée, exilée et, tuée par Avacyn, qu'elle ait vogué dans l'éther des siècles durant, Liesa ne pouvait trouver autre chose en elle qu'une tristesse atténuée, un grand poids aux nouvelles de la mort de ses sœurs.

Elles n'avaient jamais été capables de se comprendre, pas même n'avaient-elles essayé d'apprendre pourquoi Liesa cherchait la compagnie et la conversation des démons, pourquoi elle pouvait souhaiter savoir comment les fielleux vivaient par le monde, ce qu'ils pouvaient s'apprendre l'un à l'autre, et maintenant... maintenant on leur avait volé cette chance de comprendre les forces que Liesa voulait comprendre. L'équilibre par une pleine violence avait été le crédo avec lequel ses sœurs radieuses avaient vécu et celui par lequel elles étaient mortes. Toutes sauf Saigarda – mais cette reconnaissance ou, espérait Liesa, cette conversation – devrait attendre.

Le Seigneur Enseveli l'avait attirée ici, et à travers leur lien, elle sentait sa faim éveillée. Car n'était-il pas naturel de chercher un repas après s'être éveillé d'un sommeil prolongé ?

Elles trouvèrent les restes étripés d'Olutio en premier, l'homme qu'Algli avait décrit comme le meneur de leur secte, l'homme aux connexions avec les morceaux de grimoires et leur chercheur. Son cadavre était mâché et tiré à moitié dans le sol, ses robes toujours imbibées de son propre sang.







« Un de ton ordre ? demanda Liesa.
- Oui, » répondit-elle avec une grimace après avoir retourné le cadavre de sa botte. Était-ce de la peine ou la résignation sur le visage fatigué de cette vieille femme éclairée par la torche ?

« Nous sommes proches. » Liesa regarda vers la canopée, écoutant à la recherche d'une perturbation dans le sol, le domaine du Seigneur Enseveli. Elle le sentait, un frisson à travers le firmament lui-même...

Et puis vinrent les cris.

« Sruta ! » hurla Algli. Elle hésitait. Ce fut Liesa qui se dirigea en avant, chargeant à travers la broussaille, les orties givrées et les pins craquant comme des os sous son pas si prompt. Elle arriva dans une petite clairière assez semblable à celle du rituel, avec ses arbres tordus à moitié enfoncés dans un marais froid.

Le Seigneur Enseveli les entendait dans cette clairière illuminée par la lune. Liesa se souvenait de lui. Elle se souvenait lui avoir parlé des heures durant – intelligent, calculateur. Raisonnable. Un noble parmi les démons, affirmait-il, mais un démon cependant.

Encadrés par la lune d'argent, les cornes massives du démon et les voiles en lambeaux de ses ailes étaient auréolés du doux scintillement des gouttes de lunes suspendues dans un ciel noir. La poussière tombait de sa forme crépitant comme un saint embaumé ferait tomber son linceul, et quand il se retourna pour les regarder, ses yeux étaient deux étoiles froides dans le vide de son visage malicieux.

Il était arrêté sur Sruta. La cultiste frappa encore et encore la main du démon qui la saisissait, chaque coup soulevant quelques grains de poussière de la peau du démon.

Derrière Liesa, Algli était glacée par le regard malveillant du démon. Mais l'attention du Seigneur Enseveli n'était pas dirigé vers la vieille femme aux cheveux gris, ou même la femme plus jeune qui criait pleine de fureur dans sa main. Non, celui vers laquelle il se tournait était Liesa elle-même.

« Liesa aux ailes de crépuscule, dit le Seigneur Enseveli avec une voix comme l'invitation d'une boue molle, des sables mouvants ou d'une tombe vide. Quel plaisir de voir ici une vieille amie.
- Lâche-la, ordonna Liesa en réduisant la distance entre eux et levant sa lance vers lui. Tu as déjà tué un homme. Je me souviens que tu parlais de discussions, de paix, de connaissance. Voici ta chance de mettre tes paroles en action.

Le visage du Seigneur Enseveli se fendit d'un rictus aux dents d'aiguilles. « Oh, mais je trouve la connaissance de peu d'utilité pour qui est affamé ! » Sur ce dernier mot ses dents plongèrent dans le corps de Sruta, étouffant ses hurlements par un horrible déchirement. La lance de Liesa frappa son épaule, mais trop tard.

Le Seigneur Enseveli détourna sa lance, avalant les dernières traces ensanglantées de son invocatrice. Sa nuque craqua alors qu'il se redressait et se précipitait vers Liesa. Il puait la mort.

La blessure aux côtes de Liesa la fit trébucher, et même presque tomber tandis qu'elle esquivait. Elle avait eu de la chance – ils étaient tous deux ralentis par leur invocation. La queue du Seigneur Enseveli balaya son chemin et il se tordit vers l'ange.

« Ah, ça m'a un peu rafraîchi les idées. » Sa voix était un grognement amusé même alors que ses serres s'enfonçaient dans le limon couvert de givres, ses griffes reflétant le visage de Liesa. Elle s'élança depuis l'ombre dans le clair de lune pour l'attaquer, s'incliner afin de lui percer le cou ou le ventre.

« Pendais-tu que je comprendrais avec l'estomac vide ? se moqua le Seigneur Enseveli. Viens à présent ; ne laisse pas les vies fragiles de ces quelques optimistes qui nous ont réunis de nouveau ébranler ta détermination. Le sang nous a servi. »

Liesa appela sa lumière, laissa son pouvoir craqueler jusqu'à la lame de sa lance. Ce coup frappa juste, étincelant dans le dos du démon et coupant l'une de ses ailes flétries et lâches. Cette fois sa grimace rusée était celle de la souffrance. Le sol lui-même se déforma sous elle. Liesa sauta, et le sol s'effondra ; des cendres, de la pourriture étaient là où il y avait de la vie. Elle déploya ses ailes.

« Excuse-moi, lança le Seigneur Enseveli, mais j'ai faim. Donne-moi la troisième, et elle sera la dernière. Nous formerons l'alliance que tu cherches. Nous nourrirons les pauvres petits hommes. L'ombre et la lumière : un prospère royaume de crépuscule ! »







Liesa secoua ses bras, endoloris par sa longue mort, la pointe de sa lance sur le visage renversé du Seigneur Enseveli. Ses ailes lui faisaient mal. Ses côtes lui faisaient mal. Un moment, elle fut tentée d'acquiescer. Qu'était une vie face à tant d'autres ? Face à un cataclysme ? Une vieille femme qui avait déjà perdu tout ce qu'elle avait, cherchant la même chose impossible que Liesa avait eue ?

C'était tout.

« Tes actions ont montré tes priorités, dit Liesa. Mais je vais te donner une autre chance, Seigneur des Enterrés, dans mille ans. »

Le vol était maladroit, mais l'air frais était revigorant. Elle invoqua le vieux pouvoir en elle, à demi-rappelé, tout ce qui avait voyagé avec elle lorsqu'elle n'était rien, et le versa dans sa lame. Comme un faucon elle piqua, et bien que le Seigneur Enseveli frappât ses ailes, il était trop lent.

Liesa dirigea sa lance profondément dans l'échine du démon. Son hurlement fendit la terre sous lui, et il se désintégra, se ramassant sur lui-même – et avec un frisson du dernier voile de ses ailes, il n'était plus. Non pas mort, mais parti – pour l'instant.

Liesa atterrit à côté de la tombe superficielle qu'il avait laissée.

Algli fixait l'ange, adossée à un arbre à la lisière de la clairière, alors que la torche qu'elle tenait tremblait.

Liesa inclina sa tête. Quelque chose n'allait pas – le sol bougeait.

Le sol respirait, un souffle affamé.

Liesa la mit en garde, mais il était trop tard. Le sol s'effondra autour d'Algli, des griffes couvertes de poussière la saisirent. Le Seigneur Enseveli se libéra des racines de l'arbre qu'il avait déplacé dans sa fuite. Du sable s'écoulait de la blessure de son cou, luisant, obsidien. Son visage cruel était un rictus désormais, un grognement.

Algli hurlait, d'une voix rauque, des fragments de mots d'une langue si ancienne que Liesa elle-même ne s'en souvenait plus. Des sorts qu'elle avait découverts dans sa quête pour un sauveur, sans aucun doute ; et comme si elles répondaient à son appel, les ombres se réunirent autour des robes déchirées d'Algli.

Dans sa panique, Algli appelait les rites qu'elle avait connus, les supplications qu'elle avait prononcées dans ses phases les plus obscures. Appels au Seigneur Enseveli, odes à sa prouesse, sa force. Tandis que la cultiste chantait, les ténèbres pénétrèrent le démon. Ses blessures commencèrent à se refermer, son aile coupée à germer pour repousser.

« Algli, tais-toi !
- Vieille folle... » dit le Seigneur Enseveli avec un rire dédaigneux. Il secoua Algli, et dans sa prise, la cultiste se tut. « Oh, allez, chose fragile ; soudain tu es trop timide pour me louer ? »

Liesa pouvait sentir son désespoir, une saveur amère dans l'air. Défaite. Désespoir. La femme tenait à deux mains sa torche, les dents serrées de douleur. Toute sa douleur, tout son effort. Tout cela en vain. La vieille femme espérait, mais pas en sa mort. Elle rencontra les yeux de Liesa, et dans le regard d'Algli, l'ange ne vit pas l'espoir, mais le défi.

« Liesa ! Même si ce n'est pas ma vie que tu veux, cria Algli, je la donne ! »

A deux mains, Algli laça sa torche dans la gueule béante du Seigneur Enseveli.

Liesa traversa la tombe en un bond, tirant ce feu, ce combat, cet espoir en elle. L'espoir était un carburant comme aucun autre, et il brillait à travers elle, d'une lumière aussi éclairante et chaude que l'aube : une flamme qui faisait s'envoler le givre hivernal des arbres, et avec, Liesa attisa ce feu et le poussa. Au travers de sa lance, de sa lame, de son bras lui-même – dans la gorge du Seigneur Enseveli.

Le démon n'eut pas la chance de crier. Il y eut un claquement, un gargouillement, et son corps se replia sur lui-même, vicieux, crépitant, répandant de la poussière grave. Fin. Le Seigneur Enseveli s'effondra avec un bruit sourd, tirant Algli au sol avec lui. Liesa libéra sa lance d'un coup sec, déchirant le cou lourd pour arracher entièrement la tête du Seigneur Enseveli de son corps.

Son corps ne tomba pas. Liesa sentit un pincement à la base du cou. Ils étaient toujours liés. Elle replia ses ailes brillantes derrière elle et s'avança.

Algli roula hors des griffes du démon. Elle chancela. Liesa lui tendit sa main, et elle la prit, se tirant sur ses pieds avec une grimace, toujours boiteuse.

« J'apprécie votre aide, dit Liesa avant de désigner la carcasse du démon vaincu. Vous avez pensé vite.
- Pas aussi vite qu'auparavant, murmura Algli. Il parlait trop pour sa santé. Olutio ne pouvait qu'invoquer un blablateur. Oh, Olutio... » La femme couvrit son visage de ses mains, toussant et sanglotant. « Tout cela, tout cela et tu es mort pour ça... idiots. Nous sommes des idiots. Si seulement nous avions aussi été des charlatans !
- Vous avez fait ce que vous croyiez le mieux, dit doucement Liesa. Tu n'as pas lever le couteau contre tes amis. Tu es venue avec moi pour les sauver. Leur mort retombe sur le Seigneur Enseveli. Ne te blâme pas d'avoir été incapable de prédire l'avenir. Les écrits que vous avez trouvés étaient-ils au sujet de son mépris, de sa faim ?
- No, marmotta Algli à travers ses doigts. Un seigneur caché, lumineux. Un être intelligent qui demandait seulement le silence, qui réprouvait les morts levés et qui marchent sur son domaine.
- Oui. Moi aussi, autrefois, je l'ai pris en compassion. Si vous n'aviez pas appelé, je ne serais pas venue. Vos voix furent les premières que j'ai entendues après des siècles, Algli. Votre œuvre n'était pas en vain. »

Algli secoua la tête, mais ses sanglots s'apaisèrent. Liesa étudia le démon déchu.

« Son corps aurait dû se dissoudre, murmura Liesa. Peut-être est-il matériel aussi longtemps que je le suis, lié à ce monde. J'hésite à laisser ses restes ici. Qui sait quel pouvoir il pourrait toujours... »

Algli leva la tête, et derrière les larmes de son visage, Liesa vit cette étincelle de nouveau, cette lueur d'espoir. « Prenez-le avec vous, dit Algli. Faites-en votre armure. Un corps n'est que cuir et os, non ? J'étais tanneuse, il y a des années. Nous n'avons rien gâché ni jeté, j'ai les livres d'Olutio, les outils de Sruta. Laissez-moi vous servir, madame. Vous m'avez sauvé la vie. »

Liesa laissa les mots, l'idée, reposer en elle un moment. Elle pensait à ses sœurs archanges, comment les fidèles les avaient suivies tandis que Liesa restait seule avec son petit vol et nul autre. Comment ses sœurs avaient été renforcées par leur lien avec les humains et comment, il y a seulement quelques minutes, l'espoir d'Algli l'avait traversée et submergée. Cette loyauté n'était pas ce qu'elle cherchait – mais là se tenait, à nu, devant elle, un serment qu'elle avait compris. Une connexion forgée dans les ténèbres et la lutte.

Peut-être cet espoir, ce serment, pourrait être amené à d'autres. Un nouvel ordre pour un nouveau monde.

« Ce n'est pas ta soumission que je veux, mais une alliance. Un Vol renouvelé, un Vol qui renaît, affirma-t-elle avec la hampe de sa lance dans la boue. Une alliance pour mener non pas le silence étouffant, mais un équilibre paisible, à ce monde blessé. Un chœur de voix, su et entendu. M'aideras-tu dans cette cause, Algli ? »

Retenant sa respiration, Algli tomba de nouveau à genoux. Pas de douleur, pas de deuil, mais d'espoir, devant cet ange étincelant. « Je le ferai. Tant que je respire et espère, madame. Vous m'avez comme alliée. Tant que je vivrai. »

Liesa était revenu à l'heure la plus sombre, une heure de lutte, appelée par les désespérés, perdus. Bien plus et bien pire les attendait, ce petit groupe. Dans la froide lumière de la lune, Liesa sentait ce vieil espoir se reformer en ces mots, dans cette connaissance partagée. Un serment de deuil. Un serment d'espoir.

Dans un monde de fins, ici, enfin, venait un nouveau commencement.

Alors, c'était comment ?

Complétement fou !

  2

Abscon, abjecte, inadmissible !

  0

2 Louange(s) chantée(s) en coeur


Khos le Zémourien, Le 05/10/2021

Hello Drark Onogard, merci pour le partage de l'article ! Content de savoir pourquoi Liesa, archange oublié est de la partie sur cette édition. Le récit est assez sympa on se laisse prendre au jeu de cette ambiguïté "ombre/lumiére"; qui est finalement "desepoir/espoir"...

J'ai noté un piti défaut de traduction juste ici :
"Derrière Liesa, Algli était glacée par le regard malévolent (malveillant je suppose) du démon. Mais l'attention du Seigneur Enseveli n'était pas dirigé vers la vieille femme aux cheveux gris, ou même la femme plus jeune qui criait pleine de fureur dans sa main. Non, celui vers laquelle il se tournait était Liesa elle-même."

Voilà, voilà encore satisfait de ce retour sur Innistrad dans de bonnes conditions avec un certain respect du matériel de base et une bonne adaptation en cartes (pas comme avec Zendikar 3.0 qui est une vrai boue) qui sont d'un bon niveau globalement (cf par exemple de belles communes comme Scruter, Défenestration, Balafre du furielune ou même Embuscade d'Olivia à minuit qui vont facilement se jouer entre copains et même plus)



Edité 2 fois, dernière édition par Khos le Zémourien le 05/10/2021

1 réponse(s)
Drark Onogard, Le 05/10/2021

Merci pour ton commentaire ! Il est bien malheureux qu'aujourd'hui ce mot que tu relèves, bien qu'il fasse partie de la langue de Gustave Kahn que j'affectionne, soit marqué de l'odieux sceau de l'anglicisme... Je modifierai peut-être en malveillant, plus commun, pour éviter ce fâcheux effet.

Toi aussi, loue son œuvre !


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