Il était une fois Kai Budde.
Pas un conte. Pas une histoire qu'on enjolive pour faire briller le passé. Plutôt un de ces noms qui reviennent sans qu'on s'en rende compte, entre deux souvenirs de tournois, une boîte de cartes qui sent le carton usé, et ces discussions un peu trop longues où, entre vieux joueurs, on refait le monde comme si ça pouvait nous ramener vingt ans en arrière.
Moi, je ne l'ai jamais rencontré. Mais je me souviens très bien de la première fois où j'ai compris que ce type ne jouait pas au même jeu que nous. J'étais plus jeune, plein d'idées géniales sur le papier et de decks qui s'écroulaient dès qu'un plan A se fissurait. Et puis je tombe sur une de ses listes. Pas “sexy”. Pas tape à l'œil. Juste... solide. Presque froide. Et je me rappelle m'être dit :
“Attends... ça, c'est construit pour ne pas perdre avant même de chercher à gagner.”
Ce jour là, sans le savoir, j'ai commencé à builder différemment.
Il était une fois un joueur qui prenait cinq couleurs et qui disait : “Ça va tenir.”
Et ça tenait. et ca avant les fetchs et les Ravlands !!!
Je me revois encore, des années plus tard, poser une manabase trop gourmande sur une table, sous les regards sceptiques. Quelqu'un qui dit :
“Tu vas jamais caster tes sorts.”
Et moi qui pense, un peu en douce :
“Si c'est construit correctement, si chaque pièce a sa place... ça tiendra.”
Ce n'était même pas de l'optimisme. C'était une façon d'avoir appris le jeu. La sienne, transmise à distance.
Il était une fois un joueur qui m'a appris qu'un deck est un écosystème.
Pas une pile de cartes fortes. Pas un collage d'idées brillantes.
Un équilibre. Des fonctions invisibles. Des cartes qui ne sont pas là pour gagner la partie, mais pour empêcher le reste de s'effondrer.
Aujourd'hui encore, quand je coupe une carte et que quelque chose “sonne faux” sans que je sache tout de suite pourquoi, je sais que je suis en train de toucher à une de ces poutres cachées. Cette sensibilité, elle ne vient pas de nulle part.
Elle vient de cette école où la cohérence passe avant le panache.
Et puis il y avait ta manière d'être.
Pas de théâtre. Pas de gestes inutiles. Juste cette impression que la partie avançait dans un cadre que toi seul voyais entièrement. Comme si le chaos adverse était déjà prévu dans le plan.
Ça m'a appris un truc aussi, avec le temps : la vraie maîtrise ne cherche pas à impressionner. Elle rend les choses presque normales.
Ta disparition à 46 ans, c'est le genre de nouvelle qui te ramène d'un coup à tous ces moments. Les nuits à lire des reports. Les discussions de fin de ronde. Les listes recopiées à la main. Les illusions de jeunesse où on se disait qu'on avait tout compris... jusqu'à voir jouer quelqu'un qui avait vraiment compris.
Alors non, ce texte ne va pas lister des titres. Ni refaire l'histoire.
Juste ça :
Merci pour la méthode.
Merci pour la rigueur.
Merci pour cette façon de penser le jeu qui m'accompagne encore, des années plus tard, à chaque deck que je construis.
Et si jamais on ne se croise pas un jour au Magic: The Gathering Hall of Fame, garde-moi une place dans ton playgroup la haut
Je viendrai avec un deck bizarre, une manabase douteuse sur le papier, mais une structure propre à l'intérieur.
Tu reconnaîtras l'école.



Guide
Il y a 31 minutes
Très bel hommage. RIP Voidmage prodigy.