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Léonidas Vesperini c’est tout simplement le célébrissime rédacteur en chef du magazine Mana Rouge, la référence de la presse dédiée aux jeux de cartes à collectionner. Interview d'un monstre sacré du JCC. [Arwen] Léonidas Vesperini, plus qu'un nom, aujourd'hui c'est une véritable griffe dans le vaste monde enchanté des jeux de rôle. Tour à tour créateur de jeux, traducteur ou encore journaliste, son aura bienfaitrice est intervenue dans d'innombrables projets. C'est dans une jubilation sadique que nous allons procéder à l'interview d'un monstre sacré du JCC.
Avant d'entrer dans le vif du sujet, pouvez vous nous en dire un peu plus sur votre parcours, sur les chemins obscurs et les bouleversements métaphysiques qui vous ont amenés au poste de rédacteur en chef de magazine ?
[Léonidas Vesperini] C'est une longue histoire, mais je vais essayer de faire le plus bref possible. Depuis ma plus tendre enfance, j'ai toujours été passionné de jeux. Et mon plus grand choc fut les jeux de rôle, que j'ai découverts par hasard en 1983, lors d'un séjour en Angleterre. Le jeu s'appelait RuneQuest, et il m'a profondément marqué, mon frère et moi. [Arwen] On arrive à Mana Rouge. Pourquoi rouge tiens ? Overdose de tomates communistes à la rédaction ou volonté de réduire en sang ceux qui oseront se dresser sur votre passage ? [Léonidas Vesperini] C'est vrai que déjà, j'aime bien le rouge. C'est la couleur que je choisis toujours dans les jeux de société, par exemple. À Warhammer 40.000, je joue les Blood Angels, évidemment ! Mais c'est également une couleur chaude, vive, agressive, qui résume bien ce que doit être un magazine d'actualité. D'ailleurs, le sous-titre de Mana Rouge est parlant : l'actualité brûlante des jeux de cartes à collectionner. [Arwen] Quelques mois après la mort du Lotus Noir dont vous aviez les rennes, le « LN » revient avec une autre équipe, comment expliquez vous ce sortir de terre ?
[Léonidas Vesperini] C'est très compliqué, et là aussi, je vais essayer de résumer "l'affaire". Lotus Noir, au départ, fut édité par une société qui s'appelait Halloween Concept. Mal gérée, la société a fait faillite. Le fondateur d'Halloween, pour poursuivre l'édition de Lotus Noir (de
loin le titre qui fonctionnait le mieux) a fait appel aux anciens salariés d'Halloween Concept, dont je faisais partie, pour créer une nouvelle société, Darwin Project, qui continuerait à publier Lotus Noir. J'ai ainsi mis de l'argent dans cette société, dont j'étais
associé (minoritaire). Darwin Project a connu une très forte croissance de 2000 à 2004. Mais cette croissance, une nouvelle fois, a été mal gérée, et la société s'est beaucoup trop diversifiée, au lieu de se concentrer sur ce qu'elle savait bien faire : l'édition de
magazines. Il est à noter que c'est la même personne qui était à l'origine de la faillite d'Halloween qui a entraîné, par ses décisions catastrophiques, la liquidation judiciaire de Darwin Project en 2005. [Arwen] Mana Rouge, Lotus Noir, les deux magazines sont très proche au niveau de la forme. Comment comptez vous vous démarquer et faire valoir l'expérience acquise toutes ces années quelque peu usurpée par LN ?
[Léonidas Vesperini] Eh bien, nous nous démarquons par la qualité de nos articles, le professionnalisme de notre équipe et l'exhaustivité du magazine. Inconsciemment, le lecteur repère les moindres détails. Par exemple, vous ne trouverez pratiquement pas de fautes d'orthographe, de coquilles ou d'erreurs de maquette dans Mana Rouge, alors qu'on ne
peut vraiment pas en dire autant du néo Lotus Noir. De plus, contrairement à ce concurrent, nous couvrons l'ensemble du marché des jeux de cartes à collectionner, même si Magic reste notre locomotive. Pour un joueur de Magic, il est toujours intéressant de savoir ce qui se passe ailleurs, de connaître les nouveautés, les nouvelles
tendances, etc. C'est avec un magazine complet qu'on peut faire découvrir des jeux auxquels on ne s'attendait pas, ouvrir les yeux sur autre chose. Autre originalité, Mana Rouge évolue en permanence et nous n'hésitons pas à faire intervenir nos lecteurs. C'est ainsi que de nouvelles rubriques sont récemment apparues : « Deck Check », qui
propose d'analyser un deck envoyé par un lecteur et de l'améliorer, «Remue-Méninges», qui fait le point sur des questions de règles peu évidentes pour les néophytes, « En direct du plat pays », une rubrique qui donnera la parole aux pro players belges (Geoffrey Siron, notamment), « Dork Tower », une BD mythique qui revient en France grâce à Mana Rouge (dans le numéro de mars, à paraître très bientôt). Et ce n'est pas tout, nous venons de recruter Olivier Ruel, l'un des meilleurs joueurs au monde de Magic. Il aura sa propre rubrique dans le magazine, une rubrique qui portera le nom de son ancien magazine, Level Up. Olivier Ruel a terminé 2ème à la Race 2005, une sorte de classement mondial des meilleurs joueurs, basé sur leurs performances de l'année. Enfin, n'oublions pas la cote, la seule cote de référence aujourd'hui, qui est établie avec des règles très strictes, de manière quasi scientifique (notre team fixe les prix de chaque nouvelle extension, et les modifications dépendent des ventes enregistrées par
les plus grands magasins de ventes à l'unité qui nous communiquent leurs statistiques). Celle de notre concurrent est totalement intuitive et très éloignée du marché, si l'on en croit les professionnels du milieu. [Arwen] Du papier glacé, des jolies couleurs, une BD, des lolitas sexy certes c'est sympa! Mais est-ce la bonne solution pour faire face à des concurrents d'un genre nouveau: les sites Internet dédiés à MTG, qui sont plus interactifs, plus réactifs également ? [Léonidas Vesperini] Les sites internet font de la concurrence à toute la presse, pas seulement la presse spécialisée. Et c'est pour cela qu'il faut miser sur les qualités propres d'un magazine «papier ». Nous ne nous contentons pas des atouts que vous avez décrits, nous avons d'autres points forts. Nos articles techniques sont écrits par des pointures de Magic, de Nicolas Labarre à Olivier Ruel en passant par Yann Hamon ou Antoine Ménard. Leurs articles sont exclusifs, et la plupart du temps, ils fournissent des listes de decks qu'ils vont réellement utiliser lors des tournois auxquels ils participent. De plus, nous nous rendons aux quatre coins du monde (tournois, conventions, salons) pour interviewer les acteurs du milieu, un avantage de journaliste que n'ont pas forcément les sites internet. Illustrateurs, concepteurs, distributeurs, joueurs, ils sont tous régulièrement interviewés dans Mana Rouge. N'oublions pas non plus les « plus produits », cartes insérées, posters, concours, … et d'autres surprises que vous découvrirez bientôt ! Mais plutôt que d'opposer sites internet et presse papier, je pense qu'il faut les associer. Ils ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients. Je reste persuadé qu'un fan de Magic apprécie de trouver tous les mois chez son marchand de journaux un magazine dédié à son hobby favori. [Arwen] Magic the Gathering, va compter son 13ième printemps et pourtant il affiche toujours une santé insolente. Pensez vous qu'il puisse devenir aux jeux de rôle ce que le monopoly est au jeu de société, i.e. un jeu familial ? Comment voyez vous son avenir ? Et vous y jouez personnellement ?
[Léonidas Vesperini] Je ne pense pas que Magic ait vocation à devenir un classique tel que le Monopoly, les échecs ou le Trivial Pursuit. Magic est plus pointu, demande un très grand investissement en temps et en argent, et n'est pas facile à expliquer au néophyte. En revanche, sa qualité est telle qu'il n'est à mon avis pas prêt de s'arrêter. Sa capacité à se
renouveler en permanence est la clé de sa longévité. Je pense que Magic restera le jeu «core » de référence, et qu'il peut encoregagner en popularité. [Arwen] A part Magic quels sont les jeux que vous affectionnez le plus et pourquoi ? [Léonidas Vesperini] Je suis un grand fan de jeux de figurines, Warhammer 40.000 en particulier. Ces derniers temps, j'ai moins le temps d'y jouer, mais j'essaye de participer à certains tournois chaque fois que je le peux (Grand Tournoi Games Workshop, Maelstrom, etc.). J'aime bien les jeux de figurines prépeintes, comme Star Wars, qui est une grande réussite à la fois esthétique et technique. Heroscape est mon jeu fétiche du moment. Je ne sais pas si vous le connaissez, mais je vous le conseille à 300% (il s'agit d'un jeu de société avec figurines et décor à monter, et c'est vraiment génial). Je suis issu des jeux de rôle, mais je n'y joue pratiquement plus par manque de temps également. Je joue un peu aux jeux vidéo (GameBoy Advance, GameCube) et j'apprécie beaucoup les jeux de plateau. Et question JCC, outre Magic, mon petit chouchou du moment est Anachronism, une sorte d'hybride entre les jeux de figurines et les jeux de cartes à collectionner, avec un aspect historique qui me plaît beaucoup. Je vous l'avais dit au début de cette interview, les jeux sont ma grande passion (pour paraphraser Omar). [Arwen] Que pensez vous de Duel Masters, créé de toutes pièces par Wizards of the Coast pour contrer la menace Yu-Gi-Oh, Simple effet de mode, ou nouvelle niche qui risque de s'inscrire dans la durée comme les Pokémon ? [Léonidas Vesperini] Je crois que, malheureusement, Duel Masters n'a pas trouvé son public en France et en occident. Il reste un jeu de référence au Japon, mais la mayonnaise n'a pas pris chez nous. C'est dommage, car il s'agissait certainement du meilleur jeu d'initiation jamais conçu pour les jeux de cartes à collectionner. Duel Masters s'est très bien implanté au départ, mais il n'a pas tenu la distance. Son principal handicap a été l'absence de diffusion du dessin animé sur une grande chaîne hertzienne. Pokémon est une licence installée, ce que Duel Masters ne sera jamais chez nous. Encore une fois, ce n'est pas dû à un manque de qualité ou de présentation. Le jeu est très bien pensé et très beau, mais cela n'a pas suffit. [Arwen] Pensez vous aussi qu'il puisse servir de tremplin aux plus jeunes pour aller vers Magic ? [Léonidas Vesperini] Ceux qui jouent à Duel Masters pourront très facilement passer à Magic, car le jeu a été conçu pour cela. Mais pour les raisons que j'ai évoquées ci-dessus, je ne crois pas qu'il puisse faire office de tremplin, car je pense qu'il va tout simplement disparaître du marché français. Paradoxalement, c'est Yu-Gi-Oh! et dans une moindre mesure Pokémon qui aujourd'hui jouent le rôle de « recruteurs » pour Magic. [Arwen] Star wars, Lord of the rings, Harry Potter, ils ont tous leur jeu de cartes à collectionner. Pensez vous que les JCC soient devenus suffisamment populaires pour devenir un véritable produit dérivé au même titre que les jeux vidéo ? [Léonidas Vesperini] Les JCC sont déjà des produits dérivés, puisque la plupart des nouveaux jeux de cartes qui paraissent sont basés sur des licences : Dragon Ball, Naruto, et bientôt World of Warcraft. Mais ils n'ont pas la popularité des jeux vidéo, qui sont beaucoup plus accessibles. [Arwen] A un jeune mordu de jeux de rôles qui voudrait en faire son métier, vous lui diriez quoi ? [Léonidas Vesperini] Je lui dirais que si l'on a la passion, la volonté et la patience, rien n'est impossible. Il faut savoir gravir les échelons petit à petit, gagner la confiance des gens déjà installés dans le milieu, et saisir sans peur les opportunités. [Arwen] Y'a t-il une question que l'on ne vous a pas posé et que vous aimeriez bien qu'on vous pose ? [Léonidas Vesperini] Peut-être une question plus personnelle, comme par exemple comment concilier une vie de famille et un métier aussi prenant que le mien. [Arwen] Et la Réponse? [Léonidas Vesperini] Eh bien, je dirais que ce n'est pas facile, et que c'est même sans doute le plus grand défi de notre monde moderne. Pour réussir dans ce milieu, il faut s'investir à fond, mais on court le risque de le faire aux dépends de sa vie privée. J'ai divorcé peu après être devenu rédacteur en chef de Lotus Noir, mais j'ai également connu ma nouvelle femme grâce à ce magazine, puisque je l'ai rencontrée à Las Vegas (elle est américaine), pour le salon GAMA. Je suis aujourd'hui le plus comblé des hommes, avec une femme superbe et deux magnifiques enfants, un petit garçon de deux ans et demi et une adorable poupée de 7 mois. Il faut avoir des rêves et y croire. [Arwen] Euh... au fait... Votre allégeance au Dark Mogwaï (Gloire à Lui), elle est pour quand ? [Léonidas Vesperini] Quand on voit le temps que j'ai passé à répondre à cette interview, il ne fait aucun doute que mon allégeance lui est acquise ! [Arwen] Ah ! dernière chose, ça vous a fait quoi d'être interviewé par une bande de magiciens fous ? [Léonidas Vesperini] Ça me donne envie de jouer Izzet ! [Arwen] Merci beaucoup de bien avoir voulu répondre a notre toute première interview !
[Léonidas Vesperini] Le plaisir est pour moi.
Arwen et tout le Staff de la SMF.
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